Il y a quelque chose d’étrange dans ce jour de mars.

Une date entourée de slogans, de fleurs, de discours bien intentionnés.
Une journée entière consacrée aux femmes.

Comme si l’on devait soudain s’en souvenir.
Comme si la moitié de l’humanité devait être rappelée à l’ordre du monde une fois par an.

Alors on célèbre les femmes. On les admire. On les applaudit. On les met en vitrine.

Et pourtant, derrière ces hommages, une question persiste.

Pourquoi faudrait-il une journée pour rappeler que les femmes ont des droits ?

Les femmes ne sont pas une minorité.
Nous ne sommes pas une cause marginale qu’on mettrait en lumière une fois par an.

Nous sommes la moitié de l’humanité.

Nous ne sommes ni une maladie qu’il faudrait éradiquer, ni une espèce fragile qu’il faudrait protéger comme un animal en voie de disparition.

Nous sommes simplement des êtres humains.

Et pourtant, l’histoire raconte autre chose.

Pendant des siècles, les femmes ont été regardées avec une étrange méfiance.

Celles qui connaissaient les plantes, les cycles du corps, les remèdes transmis de génération en génération — les guérisseuses, les sage-femmes, les femmes de savoir — ont parfois été accusées de sorcellerie.

Entre le XVe et le XVIIe siècle, des dizaines de milliers de personnes furent exécutées lors des chasses aux sorcières en Europe et en Amérique, et la grande majorité étaient des femmes.

Le savoir féminin devenait suspect. L’indépendance aussi.

Une femme seule, instruite, libre, pouvait devenir inquiétante.

À Salem, en 1692, une simple accusation suffisait à faire basculer une femme dans l’horreur d’un procès pour sorcellerie.

Il suffisait parfois d’être différente.
Ou simplement… d’être une femme que l’on ne parvenait pas à contrôler.

Plus tard, au XIXe siècle, un autre mot apparaît dans la médecine : l’hystérie.
Un mot dérivé du grec hystera, l’utérus.

Pendant longtemps, on expliqua les émotions, les colères ou les refus des femmes par un prétendu désordre de leur nature même.

Une femme trop libre devenait suspecte.
Une femme trop savante devenait inquiétante.
Une femme trop indépendante devenait dérangeante.

À la fin du XVIIIe siècle, une femme osa pourtant écrire ce qui semblait alors presque impensable.

En 1791, Olympe de Gouges publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

Elle y écrit une phrase simple et révolutionnaire :

« La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. »

Une évidence aujourd’hui.
Une provocation à l’époque.

Deux ans plus tard, elle sera guillotinée pendant la Révolution française.

Son crime ?
Avoir osé penser que les femmes pouvaient être des citoyennes à part entière.

Alors oui, les droits des femmes n’ont jamais été un cadeau, ni une évidence.

Ils ont été conquis. Dans la peur, la rage, la colère. Dans le désespoir pour nos sœurs oppréssées et dans l’espoir dd’un monde meilleur pour nos filles.

Mais la violence faite aux femmes ne s’est pas arrêtée aux tribunaux de sorcières ou aux diagnostics médicaux absurdes.

Dans l’histoire des conflits, le corps des femmes est devenu un champ de bataille.

Depuis des siècles, le viol est utilisé comme arme de guerre : pour humilier, terroriser, détruire des familles, briser des communautés entières.

Des Balkans au Rwanda, du Congo à tant d’autres conflits, des milliers de femmes ont été violées systématiquement dans des stratégies de domination et de destruction.

Le corps féminin devient alors un territoire que l’on prétend conquérir.

Et pourtant, ces crimes restent souvent relégués dans les marges de l’histoire officielle.

Et aujourd’hui encore, certains silences résonnent étrangement.

Parce que mon cœur se serre et tremble d’indignation devant certaines tragédies que l’on regarde à peine.

Je pense aux femmes israéliennes massacrées et violées lors des attaques du 7 octobre, dont la souffrance a parfois été accueillie par un silence embarrassé.

Je pense aux millions de femmes afghanes, effacées de l’espace public, interdites d’école, de travail, de liberté.

Je pense aux femmes iraniennes, battues, emprisonnées, parfois tuées pour une mèche de cheveux qui dépasse d’un voile.

Je pense aussi à toutes celles dont on parle trop peu :
les femmes défigurées à l’acide,
les femmes mutilées,
les femmes réduites au silence.

Et je me demande parfois pourquoi ces combats là n’embrasent toujours pas les consciences avec la même intensité.

Les droits des femmes ne sont pas un menu à la carte.
On ne peut pas choisir les causes confortables et oublier celles qui dérangent.

La dignité humaine n’est pas une opinion politique.
Elle ne dépend ni des frontières, ni des alliances, ni des idéologies.

Sinon ce ne sont plus des droits.

Ce sont des slogans.

Alors oui, parlons du 8 mars. Mais parlons-en honnêtement.

Car la vraie mesure du féminisme ne se trouve pas dans les discours confortables.

Elle se trouve là où les femmes sont violées, effacées, enfermées, tuées…
et où certains préfèrent détourner les yeux.

La liberté des femmes ne peut pas être sélective.

Sinon ce n’est plus une lutte. C’est un silence bien emballé.

Peut-être qu’un jour, le progrès sera si évident que nous n’aurons plus besoin d’une journée pour rappeler que nous les femmes, nous avons des droits.

Ce jour-là, le 8 mars deviendra inutile. Enfin !

Et ce sera enfin la preuve que l’humanité aura compris quelque chose d’essentiel :

les femmes n’étaient pas un problème à défendre, mais des êtres humains à respecter.

les femmes ne demandaient pas une journée. Elles demandaient simplement la justice.


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